Texte publié dans le recueil « À deux » (de Julie Turconi et FX Liagre) paru aux éditions Quebecor. Cliquez ici pour en savoir plus !
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NB : Illustration de fond © Julie Turconi 2008

 

Il descendait au sous-sol tous les jours, pour récupérer sa voiture. Invariablement garée au même emplacement. André était un homme d'habitudes. Il aimait la routine, les petites choses que l'on fait chaque jour et qui rythment le temps qui passe. Il avait presque atteint la barre fatidique des quarante ans. Fatidique selon sa mère, une femme qui se faisait un sang d'encre pour son petit, toujours célibataire à son âge, ce n'était pas Dieu croyable. Selon elle il n'était absolument pas normal qu'aucune femme n'ait remarqué à quel point il était gentil et fiable. André n'avait jamais osé lui avouer qu'il voyait bien des filles, de temps à autre, mais sans jamais aller très loin car il n'avait aucune envie de déranger son quotidien avec un mariage et une famille. Il était séduisant, mais les femmes le trouvaient vite terne et ennuyeux. Il avait réglé sa vie comme du papier à musique, entre son travail minutieux et répétitif de fonctionnaire dans l'administration, ses soirées du vendredi au bar du coin, le Jack Pot, pour écouter du jazz et ses week-ends de lecture et de promenade à pied dans sa ville. Cela lui convenait.

...

Depuis quelques temps, ses rêves et fantasmes étaient de plus en plus vivaces, car il avait commencé à recevoir des messages anonymes. Cela faisait maintenant presque un mois que le premier billet doux était arrivé dans sa corbeille de courrier professionnel, sur le coin de son bureau. Dans une enveloppe vierge qui l'avait intrigué. Une enveloppe de papier de soie d'un bleu doux tirant sur le mauve, à la senteur délicate de lavande. A l'intérieur, un feuillet assorti, et quelques lignes d'une écriture toute en rondeur et en courbes, élégante et raffinée, volontaire et pourtant très féminine. Le message était court : 
"Toi qui es si timide et si doux, quand vas-tu enfin me remarquer, te rendre compte que je me meurs de désir pour toi, que je ne pense qu'à toi..."
Il n'y avait aucune signature, aucune marque. Il était resté longtemps à regarder ce mot, à le relire, incapable de penser à quoi que ce soit. Puis il avait relevé la tête, s'attendant à voir ses collègues l'observer et rire en cachette. Cela ne pouvait en effet être qu'une plaisanterie de mauvais goût, destinée à se moquer de lui. Pourtant non, personne ne le regardait. Comme d'habitude. Il avait alors décidé de ne pas trop prêter attention à cette note. Il avait pensé à la jeter, mais il n'avait pas pu. Il l'avait au contraire soigneusement conservée, dans son portefeuille. Derrière la photo de sa mère. 

...

Ce soir-là, comme d'habitude, il descendit au sous-sol de l'immeuble pour prendre sa voiture. La tête ailleurs, mais le pas vif. Il n'aimait pas trop s'attarder dans cet endroit sombre et froid qui le faisait frissonner. Les lumières marchaient quand elles le voulaient, c'est à dire pas souvent. Aujourd'hui elles refusèrent obstinément de s'allumer lorsqu'il sortit de l'ascenseur et se mit à longer le couloir qui menait au stationnement. Tout d'un coup il crut sentir une présence devant lui, silencieuse. Comme une ombre. Inquiet, il demanda : "Y a quelqu'un ? vous avez besoin d'aide ?". Personne ne lui répondit. Mais il sentit soudain une main douce se poser sur son bras et une senteur de lavande envahir l'espace. Pendant un instant il crut qu'il allait défaillir. C'était elle ! La main passa sur sa poitrine et le repoussa contre le mur. Des lèvres pleines et gourmandes se posèrent sur les siennes, une langue charnue s'introduisit dans sa bouche en un long baiser sensuel. Il sentit son sexe durcir d'un seul coup. Il voulut toucher sa partenaire, elle guida ses mains vers sa poitrine, nue sous sa blouse légère, en soupirant. Il prit des seins fermes et doux dans ses paumes, les malaxa, joua avec les tétons déjà durs et dressés. Puis elle le repoussa gentiment et se mit à déboutonner sa chemise, lentement. Elle en écarta les pans et caressa ses pectoraux. La langue quitta sa bouche et se retrouva sur son torse. Puis descendit lentement vers le ventre, tandis que deux mains impatientes défaisaient sa braguette et baissaient son pantalon jusqu'à ses chevilles. Il était totalement paralysé. 

[...]

Montréal, le 30 juillet 2003

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