Fait partie du recueil « Histoires chaudes pour nuits froides », éditions Quebecor 2009 (cliquez pour achat)
Illustration de fond Julie Turconi 2008

 

Il était une fois, dans un temps lointain et oublié, une jeune Demoiselle, belle et pleine de joie de vivre, qui vivait avec son père, veuf, dans un grand manoir. C’était un temps où les jeunes filles couraient nues dans les champs et où les jeunes gars étaient tous vigoureux et bien bâtis.

La jeune fille et son père, unis par une belle complicité, étaient très heureux ensemble, même s’ils se sentaient parfois un peu seuls, pour des raisons à la fois semblables et fort différentes. Celle qui avait été une femme pour l’un et une mère pour l’autre leur manquait terriblement à tous deux. Ne restait plus d’elle que des souvenirs; souvenirs de jeux innocents et joyeux pour Demoiselle, de nuits torrides et de jeux beaucoup plus dévergondés pour le mari veuf.
Le temps passait ainsi, tranquillement, sans heurts. Mais bientôt vint le moment pour le père de se remarier, comme le voulait la coutume. Le cœur en larmes, il finit par se résoudre à ce qu’il considérait comme un sacrifice, pour le bien de sa fille plus que pour le sien, et il porta son choix sur une dame de haut lignage, distinguée, qui avait deux filles de l’âge de la sienne. Il pensait ainsi faire le bonheur de son enfant en lui amenant des compagnes de jeux. A défaut de remplacer sa femme, il se devait de penser à l’éducation sociale de sa fille.

C’est ainsi que la nouvelle belle-mère de Demoiselle emménagea au manoir avec ses deux filles, par un jour lumineux d’automne. Très vite, elle se révéla dure et cruelle avec Demoiselle, froide et mielleuse avec son mari. Elle n’hésitait pas, par ailleurs à gâter outrageusement ses propres filles, leur accordant tout ce qu’elles désiraient – ou presque.
Demoiselle, de son côté, fut vite réduite aux taches ménagères les plus viles. Son père était si malheureux, persuadé qu’il avait trompé sa femme en se remariant, qu’il ne remarquait plus guère ce qui se passait autour de lui, perdu qu’il était dans son chagrin. Très vite, il se mit à passer ses journées et ses nuits enfermé dans ses appartements, perdant tout contact avec le monde extérieur, y compris avec sa famille et, surtout, avec sa fille. Il ne fallut que quelques mois pour qu’il s’éteigne tout doucement dans son sommeil, abandonnant sa fille à son triste sort et aux mains de sa belle-mère.
Une fois la période de deuil complétée et son chagrin un peu diminué, Demoiselle dut apprendre à s’armer de bien du courage pour supporter sa marâtre et ses demi-sœurs. Ces dernières, un peu pincées et d’un physique assez quelconque, étaient aussi différentes de Demoiselle que peuvent l’être le jour et la nuit. Cette dernière devenait au fil des jours une jeune femme aux formes appétissantes, tout en courbes, sensuelle et jolie, ce qui provoquait la jalousie de ses demi-sœurs. Les gars du voisinage venaient traîner de plus en plus souvent autour du manoir, en quête de la jeune femme – mais en cachette, pour ne pas risquer de subir les foudres de sa marâtre.

Ils pouvaient d’ailleurs souvent l’apercevoir qui lavait ses longs cheveux blonds dehors, dans la cour derrière le manoir, dès que le temps le lui permettait. Loin du regard des autres, pensait-elle, sauf que le mur bordant la propriété commençait à tomber en ruines, laissant des trouées ici et là. Très vite, les gars du coin avaient découvert la jeune femme et s’étaient passé le mot. Aujourd’hui, ils venaient en groupe la voir et l’admirer. Demoiselle suivait un rituel très précis, toujours le même : elle commençait par dégrafer lentement son corsage tout en chantonnant, puis l’ôtait précautionneusement, ainsi que son corset. Elle posait les vêtements sur une pierre, à l’abri de la poussière et de l’humidité, après les avoir soigneusement pliés. Sa poitrine à la peau pale et délicate, libérée de sa gangue de tissu, dansait au moindre mouvement de son corps souple. Puis, elle peignait sa chevelure d’or, avec des gestes doux et sensuels qui suffisaient à allumer le feu du désir chez les jeunes hommes, au loin. Elle se caressait légèrement les seins, à chaque passage de ses doigts dans sa chevelure, et ses tétons se dressaient fièrement, tels deux cerises grenat, excitant davantage encore ses admirateurs voyeurs. Elle enlevait ensuite sa jupe, pour ne pas risquer de la mouiller ou de l’abîmer, et découvrait ainsi des jambes longues et fines et une culotte blanche, tout simple, qu’elle ôtait sans pudeur. Elle aimait se mettre nue, à la merci du vent frais et caressant, et sentir la chaleur du soleil sur sa peau.
Doucement, une de ses mains descendait vers la touffe claire de son sexe, tandis que l’autre s’attardait sur sa poitrine. Toute à son plaisir, elle rejetait la tête en arrière, les yeux clos, la bouche légèrement entrouverte et commençait bientôt à gémir. Un bruit si doux que les hommes l’entendait à peine. La main perdue entre ses cuisses bougeait de plus en plus vite dans la tiédeur humide de son sexe assoiffé et Demoiselle se laissait aller sur le sol, les cuisses béantes, les doigts profondément enfoncés en elle. Elle s’imaginait alors en compagnie d’un beau prince, ses fantasmes prenaient le dessus et, très vite, elle se laissait dériver vers un monde inconnu, attirant quoiqu’un peu effrayant : les images prenaient une violence qu’elle accueillait avec plaisir, et elle voyait son prince la prendre sauvagement, au vu et au su de tous, et la besogner sans relâche jusqu’à l’orgasme. Elle criait alors que les vagues du plaisir la submergeaient, sans imaginer un seul instant qu’un groupe de jeunes hommes, de l’autre côté du mur, ne la quittaient pas des yeux. Ceux-ci avaient depuis longtemps déjà baissé leurs pantalons pour se masturber, leurs mains calleuses pétrissant violemment leurs sexes durs, au supplice du désir, sans possibilité d’assouvir leurs envies de moiteur féminine chaude et accueillante. Parfois, l’un d’entre eux, plus impatient ou plus libéré que les autres, saisissait le sexe d’un de ses camarades dans sa main et le masturbait en même temps qu’il se caressait, tendu vers l’atteinte d’un plaisir partagé, presque fraternel.

De l’autre côté du mur, aussi lointaine pour ces hommes qu’un continent perdu, Demoiselle récupérait lentement.

[...]

Montréal,
Le 2 juin 2003 et le 22 janvier 2009

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