J Ce texte fait partie de mes spectacles de conte..
ET
Texte bientôt publié aux éditions Quebecor, en recueil avec les textes de FX... "À deux" ! Sortie prévue en octobre 2006, tenez-vous prêts !.

POUR INFO sur les CONTES : 
http://productions-cormoran.ca


Bientôt minuit. Une nuit d'été douce et suave, emplie du lourd parfum des fleurs. Appuyé contre un pilier de la véranda, il regardait distraitement la fête qui battait son plein sur la pelouse au-dessous de lui. Il s'ennuyait. Le buffet avait beau être varié et succulent et les verres toujours pleins, il trouvait tous ces gens fatiguant à mourir. Très superficiels et bien comme il faut, aux discours politiquement corrects et aux manières apprêtées. Rien de tout cela ne lui correspondait. Il se demandait bien pourquoi il avait accepté cette invitation, qui venait d'un de ses lointains cousins. Tout ce qu'il désirait maintenant, c'était partir, quitter cette garden-party sans intérêt et se plonger dans une folle nuit parisienne. Il posa sa coupe de champagne sur la rambarde, tourna les talons et se saisit du téléphone. Il appela un taxi. Personne ne s'apercevrait qu'il n'était plus là, de toute façon. Et puis il s'en fichait.

Il s'éclipsa discrètement et attendit patiemment le taxi devant l'entrée de service. Celui-ci finit par arriver, une voiture quelconque, noire mais qui dégageait un petit quelque chose de mystérieux. Il ne parvenait pas à mettre le doigt sur ce que cette voiture avait de différent, de particulier. Pourtant quelque chose le titillait. Sans plus s'attarder sur ce détail, au demeurant insignifiant, il ouvrit la portière et monta à l'arrière. Le chauffeur était une femme, au sourire charmeur et à la chevelure blonde qui s'échappait en mèches rebelles de sa casquette. Elle se retourna un instant, lui demanda l'adresse où il voulait se rendre et lui sourit. Il se sentit revigoré par ce simple regard, par la voix rauque et sensuelle de la jeune femme. Il sourit en retour. Peut-être sa soirée allait-elle en valoir la peine, finalement ?
Le taxi démarra et s'enfonça dans la nuit. 

Il essaya d'engager une conversation avec sa jolie conductrice, mais celle-ci se contentait de sourire, sans rien dire. Intrigué, il sentait son intérêt croître au fur et à mesure, teinté d'une nuance de désir inattendu. 
Puis, tout d'un coup, alors qu'il venait d'abandonner toute idée de drague, elle lui parla. Sa voix grave et rocailleuse, sa manière de lui donner du " monsieur " de façon provocante le fit bander. Si elle baissait les yeux dans son rétroviseur, elle ne pourrait que voir la bosse qui déformait son jean. Quelle importance après tout ? Elle leva la main, régla son miroir pour justement le diriger sur lui. Et ce qu'elle lui demanda le laissa sans voix. 
"Voudriez-vous s'il vous plait déboutonner votre chemise, monsieur ? Très lentement…" 

...

 

Comme pour répondre à ses désirs, le taxi ralentit et s'immobilisa. La jeune femme en sortit et vint lui ouvrir la porte. Ils étaient dans la cour d'une propriété cossue, datant probablement du siècle dernier. Les longues jambes fuselées de la jeune femme, gainées par les bas, et ses seins qui gonflaient le tissu du bustier le mirent au supplice. Elle se rapprocha de lui, lui banda les yeux avec un foulard de soie rouge sans qu'il ébauche un seul geste pour l'en empêcher, puis passa doucement sa main sur son sexe avec une moue appréciatrice, se détourna et lui ordonna de la suivre. Il l'aurait suivi jusqu'en enfer si elle le lui avait ordonné. Il n'avait plus aucune volonté, excepté celle de ses sens et de son désir. Il n'avait aucune idée de l'endroit où il se trouvait. Elle le fit entrer devant elle dans une maison qu'il n'avait fait qu'entre apercevoir, au sol froid et lisse et aux murs de pierres rugueux sous ses doigts tâtonnants. L'inquiétude montait en lui, rendant son désir encore plus fort, plus vivace. Plaisir très masochiste de la peur, de l'inconnu…


...

Lorsqu'il fut presque à bout, prêt à demander grâce, les mains qui le torturaient quittèrent son corps, la langue se retira elle aussi et il se retrouva seul. Frustré. En colère. Suppliant aussi pour qu'elle continue. A quel jeu pervers jouait-elle donc ? Ne le désirait-elle pas tout autant que lui la désirait ? Il voyait encore son corps sensuel, ses longues jambes et ses seins faits pour le plaisir alors qu'elle lui ouvrait la portière… Il voulait les prendre dans sa bouche, ses seins, les sucer, les titiller… 

Son répit fut de courte durée. Quelqu'un lui enfonça soudain brutalement une boule dans la bouche, qu'il fut obligé d'avaler, qui lui écartelait les lèvres, les mâchoires. Une boule fixée à l'arrière de sa tête par une lanière de cuir solide. Cette même personne passa alors derrière lui, sans un bruit, légère comme un fantôme. Il crut sentir le parfum d'une femme, capiteux et sensuel. Mais comment se fier à ses sens ? On lui écarta encore un peu plus les fesses, tout en ré-ajustant les chaînes en conséquence, et son cerveau se mit à fonctionner à plein régime. Il ne pouvait bouger, ni même protester. 

...

Les chaînes qui le retenaient se relâchèrent, et on le força à se redresser sur les genoux. Puis deux mains le tirèrent brutalement vers le haut, le mettant debout, le soutenant même. Il retrouva son équilibre, les mains le laissèrent aussitôt. On le fit se tourner et se mettre tout contre un mur. Une simple planche de bois en fait, plus haute que lui mais percée à la bonne hauteur. Comme un instrument de torture auquel le ligoter, une sorte de guillotine du sexe. Son pénis, bandé à son maximum, fut introduit dans l'ouverture arrondie, rugueuse et juste assez large. Des échardes l'éraflèrent et le firent crier, sans qu'aucun son ne sorte de sa bouche. Quelqu'un le saisit alors avec sa bouche, délicatement d'abord, puis plus cruellement, allant et venant, jouant de sa langue sur le bout, le suçant avec avidité et gourmandise. Sans qu'il puisse bouger d'un pouce, plaqué contre cette planche de torture, ses bourses comprimées contre le bois. 

...

Un vertige le saisit soudain. Il lui semblait devenir fou, perdu au milieu de ses sentiments et des pensées qui tourbillonnaient sous son crâne. C'est alors qu'il réalisa que ses chaînes lui avaient été ôtées, qu'il était à nouveau libre de ses mouvements. Libre d'enlever le bandeau qui l'avait rendu aveugle, s'il le désirait. Oui, mais ensuite ? 
D'un geste brusque, il finit par arracher le foulard de soie rouge. Il put enfin regarder autour de lui. La pièce où il se trouvait était petite, avec une lumière tamisée qui rendait l'atmosphère propice à ce qui s'y passait mais qui contrastait fortement avec l'impression de cellule donnée par les murs en pierre, froids, la lourde porte blindée, le vasistas grillagé. Outre la planche de torture à laquelle il s'était retrouvé plaqué, le pénis prisonnier dans son trou, et les anneaux d'attache des chaînes, il y avait un miroir sur un des murs. Comme une psyché à l'ancienne, mais encastré dans le mur. Un miroir sans tain, il en aurait mis sa main à couper. Il ne vit aucune trace de ses bourreaux, seule l'odeur mêlée de transpiration et de sexe flottait encore dans l'air. Il se dirigea vers la porte, voulut l'ouvrir. Elle était fermée. A clé. Il se retrouvait captif. Otage sexuel. 
Quel allait être le sort qui lui était réservé ? Allait-il encore subir l'humiliation suprême et totale qu'il venait de vivre ? Il s'aperçut à cet instant qu'il ne le voulait pas. Pas comme ça. Mais il ne pouvait rien y faire. Il appela, cria, frappa la porte de ses poings. Rien n'y fit. La terreur le prit et il se laissa aller à terre, incapable de se battre.

...

Montréal,
Le 22 mai 2003

 

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