Texte publié dans le recueil « À deux » (de Julie Turconi et FX Liagre) paru aux éditions Quebecor. Cliquez ici pour en savoir plus !
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NB : Illustration de fond © Julie Turconi 2008

 

Bientôt minuit. Une nuit d'été douce et suave, emplie du lourd parfum des fleurs. Appuyé contre un pilier de la véranda, il regardait distraitement la fête qui battait son plein sur la pelouse au-dessous de lui. Il s'ennuyait. Le buffet avait beau être varié et succulent et les verres toujours pleins, il trouvait tous ces gens fatiguant à mourir. Très superficiels et bien comme il faut, aux discours politiquement corrects et aux manières apprêtées. Rien de tout cela ne lui correspondait. Il se demandait bien pourquoi il avait accepté cette invitation, qui venait d'un de ses lointains cousins. Tout ce qu'il désirait maintenant, c'était partir, quitter cette garden-party sans intérêt et se plonger dans une folle nuit parisienne. Il posa sa coupe de champagne sur la rambarde, tourna les talons et se saisit du téléphone. Il appela un taxi. Personne ne s'apercevrait qu'il n'était plus là, de toute façon. Et puis il s'en fichait.

Il s'éclipsa discrètement et attendit patiemment le taxi devant l'entrée de service. Celui-ci finit par arriver, une voiture quelconque, noire mais qui dégageait un petit quelque chose de mystérieux. Il ne parvenait pas à mettre le doigt sur ce que cette voiture avait de différent, de particulier. Pourtant quelque chose le titillait. Sans plus s'attarder sur ce détail, au demeurant insignifiant, il ouvrit la portière et monta à l'arrière. Le chauffeur était une femme, au sourire charmeur et à la chevelure blonde qui s'échappait en mèches rebelles de sa casquette. Elle se retourna un instant, lui demanda l'adresse où il voulait se rendre et lui sourit. Il se sentit revigoré par ce simple regard, par la voix rauque et sensuelle de la jeune femme. Il sourit en retour. Peut-être sa soirée allait-elle en valoir la peine, finalement ?
Le taxi démarra et s'enfonça dans la nuit. 

Il essaya d'engager une conversation avec sa jolie conductrice, mais celle-ci se contentait de sourire, sans rien dire. Intrigué, il sentait son intérêt croître au fur et à mesure, teinté d'une nuance de désir inattendu. 
Puis, tout d'un coup, alors qu'il venait d'abandonner toute idée de drague, elle lui parla. Sa voix grave et rocailleuse, sa manière de lui donner du "Monsieur" de façon provocante le fit bander. Si elle baissait les yeux dans son rétroviseur, elle ne pourrait que voir la bosse qui déformait son jean. Quelle importance après tout ? Elle leva la main, régla son miroir pour justement le diriger sur lui. Et ce qu'elle lui demanda le laissa sans voix. 
"Voudriez-vous s'il vous plait déboutonner votre chemise, monsieur ? Très lentement..."
 

[...]

Montréal,
Le 22 mai 2003

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