Histoire en (grande) partie tirée (voire copiée pour certains passages, avec son aimable autorisation)
de celle de FX intitulée "Plaisir de Noël solitaire"... Rendons à César... Une commande spéciale, que l'on conte à présent en duo !
NB : Illustration de fond © Julie Turconi 2008

 

Le Père Noël… elle aussi, comme tout le monde, elle y avait cru un jour. Quand elle était enfant, on lui avait raconté que le bonhomme bedonnant à barbe blanche et habit rouge passait dans les maisons la nuit de Noël pour distribuer des cadeaux à tous les enfants. Tous les enfants sages, s'entend. Alors elle était sage… au moins la semaine précédent Noël ! Dans sa naïveté de gamine, elle se disait que ça laisserait une bonne impression au vieux, à défaut de faire pardonner toutes ses bêtises de l'année écoulée… 

Comme tous ses amis, l'excitation la gagnait bien avant que la nuit fabuleuse approchât. Elle suspendait alors ses chaussettes à la cheminée, déposait ses chaussons au pied du sapin joliment décoré. Et elle attendait avec impatience. La nuit fatidique, elle essayait de rester éveillée le plus longtemps possible, en tendant l'oreille, pour surprendre le Père Noël dans ses œuvres. Invariablement elle s'assoupissait avant d'avoir entendu quoi que ce soit. Jusqu'au jour où…

...

Et quelques années plus tard... magie des contes, des sauts dans le temps en un clin d'œil… C'était à nouveau le temps des fêtes. Le temps des décorations, des lumières, des cadeaux. Le temps de gâter ceux qu'on aime et de se gâter un peu par la même occasion. Le temps de festoyer, d'oublier ses kilos en trop, de mettre sa santé de côté pendant quelques jours. Le temps des fantaisies aussi, comme celle d'écrire des lettres au Père Noël, ce grand ami de notre enfance, et de lui demander tout ce qui nous ferait plaisir. Les choses les plus folles, les plus incongrues, les plus bêtes… simplement pour le geste, pour la part du rêve qu'il nous reste malgré tout.
Elle avait décoré sa maison dès le début du mois de décembre, comme elle le faisait chaque année. Elle savait maintenant que le Père Noël n'était qu'une invention, une chimère. Alors bien sûr elle ne guettait plus depuis longtemps l'hypothétique bonhomme la nuit du 24 décembre, non. Mais elle croyait encore malgré tout en la magie de Noël. Magie des lumières, des guirlandes, des cadeaux, de la générosité et du partage.

Elle avait un sommeil d'adulte très irrégulier. Depuis des années. Des insomnies à répétition. Alors ce soir-là, cette nuit-là, cette année-là, elle ne dormait pas la nuit de Noël. 
Elle était un peu déprimée, car elle était seule pour le réveillon. Elle n'était invitée que le lendemain chez ses parents. Et elle ne savait même pas si elle pourrait s'y rendre. Car ce jour-là il avait neigé. Beaucoup. Une véritable tempête. Et tout était figé dehors dans une immobilité blanche déprimante. Les routes étaient bloquées. Ce soir elle avait prévu de le passer avec son homme, en un tête à tête amoureux et torride. Mais il avait appelé plus tôt pour lui dire qu'il ne pourrait arriver comme prévu, à cause des intempéries. Elle était cruellement déçue. Elle se sentait seule, trahie presque. Même s'il n'y était pour rien. 
Alors elle avait commencé à boire, de dépit. Affalée sur son canapé, devant une bonne flambée réconfortante, tandis que la table et ses chandelles la narguaient. Elle avait décidé, puis finalement renoncé, à vider consciencieusement la bouteille d'Amaretto. Faute de glaçons et de jus d'ananas en quantités suffisantes. Mais après tout, elle n'était pas censée s'enivrer. Ou alors beaucoup plus tard, avec le champagne, et avec lui, son homme… Mais elle était seule.

[...]

Montréal,
Le 14 décembre 2003

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