Elle habitait seule, dans un appartement en ville. Un 2 ½, petit mais suffisant. Fonctionnel. Dans un quartier calme, avec parc et jardin aux environs immédiats. Elle, c’était Isabelle, une jeune fille à peine majeure mais déjà indépendante. Tous ses amis la surnommaient affectueusement « le petit chaperon rouge », car sa tenue préférée se composait d’un chandail à capuchon rouge vif et de baskets de la même couleur. Elle aimait cette couleur de passion et de vie depuis toujours. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, elle avait porté du rouge. Peut-être pour conjurer le mauvais œil qui avait emporté son père quand elle n’avait que six ans. Peut-être pour mettre un peu de soleil dans le cœur de sa mère mélancolique. Ou alors juste pour s’affirmer, crier au monde qu’elle, au moins, elle vivait, riait, désirait.
Elle aimait ce surnom qui lui collait à la peau. Image d’une jeune fille un peu naïve et insouciante. Elle se reconnaissait dans ces traits de caractère. Sans aucune gêne. Et, ce qui ne manquait pas de la faire sourire, elle aussi allait régulièrement rendre visite à sa grand-mère, là-bas dans le Nord, dans les bois. Une grand-mère qu’elle adorait, avec laquelle elle se sentait des affinités profondes. Dès qu’elle le pouvait, elle prenait le bus et quittait la ville pour se rendre dans cette petite maison près d’un lac, au milieu des érables et des épinettes. L’été y était plus frais, l’automne plus flamboyant, l’hiver plus blanc, le printemps plus vif. Et sa grand-mère l’accueillait toujours avec grand plaisir.
...
Il faisait chaud, tellement chaud. Elle ôta son chandail rouge, dévoilant un petit débardeur très décolleté et une poitrine menue mais arrogante. Ses seins fermes tendaient le tissu fin, de couleur rouge lui aussi, et ses tétons ressortaient, comme une invitation, une incitation au plaisir. Plaisir des yeux, plaisir des sens. Isabelle ne portait jamais de soutien-gorge, à son âge toutes les fantaisies lui étaient encore permises. Elle mit son chandail sur son bras, le panier se balançant doucement au rythme de ses déhanchements.
Toute à sa promenade, elle ne vit pas que la voiture noire avait ralenti après l’avoir croisée, quelques instants plus tôt. Puis s’était arrêtée sur le bas-côté. Pas très loin de chez sa grand-mère. Un homme tout de noir vêtu en était descendu et avait allumé une cigarette, tranquillement. L’œil brillant. Il apercevait la jeune fille à travers les bois et se régalait de cette vision enchanteresse. L’observer sans qu’elle le sache, jouer les voyeurs, le mettait en joie. Car il savait bien que les femmes ne sont jamais autant elles-mêmes que lorsque personne ne peut les voir, les juger. Pourtant il sentait confusément que celle-ci était différente. Plus libre, peut-être. Son corps était plein de promesses, il s’imaginait déjà en train de le parcourir du bout des doigts, d’effleurer sa poitrine afin de la faire frissonner, d’en longer les creux et les monts, de découvrir le mystère de cette fille.
Il sourit, découvrant des dents de prédateur. Carnassier.
[...]
Montréal,
Le 30 avril 2004