Texte publié dans le recueil « À deux » (de Julie Turconi et FX Liagre) paru aux éditions Quebecor. Cliquez ici pour en savoir plus !
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NB : Illustration de fond © Julie Turconi 2009


Le jour pointe à travers les interstices du store. La chambre est encore plongée dans la pénombre, mais le soleil commence à dessiner des petits éclats de lumière, ordonnés en un dessin symétrique sur le mur de gauche. Une échelle lumineuse, qui permet de sortir de la nuit. Elle bouge dans son sommeil, se retourne. Il fait chaud, et le drap qu'elle a ramené sur elle dans la nuit est maintenant de trop. Elle le repousse, se réveille. La fenêtre est ouverte, un léger courant d'air, encore frais, fait doucement danser les lames du store. Elle entend les oiseaux dehors. Aujourd'hui sera un jour de canicule. Un de plus. À quoi bon se lever ? 

Sa nuisette satinée, vert amande, procure une agréable sensation de légèreté sur sa peau dorée qui n'est que peu couverte par le fin vêtement. Ses seins en débordent dès qu'elle se tourne, et le tissu n'atteint guère que le milieu de ses fesses, découvrant une jolie culotte blanche, elle aussi satinée et bordée de dentelle. Allongée sur le ventre, un bras sous la tête, une jambe repliée en travers du lit, les yeux mi-clos, elle se laisse aller dans la douce torpeur d'une somnolence matinale. Ce matin, c'est la fin de la semaine.

En se réveillant quelques instants plus tôt, elle a vu qu'il n'était déjà plus dans le lit, à ses côtés. Elle soupire, grogne. Son homme est un lève-tôt, elle n'y peut rien. C'est dommage. Mais elle le regrette moins l'été, quand la chaleur monte vite. Car elle ne se blottirait de toute façon pas contre lui ce matin pour paresser, la température l'en dissuaderait. Il ne le supporterait d'ailleurs pas longtemps, puisqu'il est une véritable fournaise à lui tout seul. Son métabolisme ne cesse de fonctionner et de brûler de l'énergie que son corps évacue sous forme de chaleur. Il irradie littéralement. C'est une qualité fort appréciable en hiver, mais qui malheureusement ne se transforme pas en « climatisation » à la belle saison. Elle sourit. Elle l'entend qui s'affaire discrètement dans la cuisine, de l'autre côté de la cloison. Une odeur de café frais, aux arômes de noisettes, envahit la maison. Une cuillère tinte dans un bol. Il met trois morceaux de sucre dans ce bol. 

Il se sert un café, passe son nez au-dessus des volutes qui s'en dégagent, hume longuement. Il aime cette odeur matinale, forte et parfumée. Il prend le temps de boire, lentement, en dégustant le nectar sombre. Puis il se dirige vers la chambre. Il ouvre la porte, sans faire de bruit. Totalement inconsciente de l'image qu'elle renvoie, elle est étendue sur le grand lit bleu. Sa peau est tachetée de soleil, ses longs cheveux recouvrent une de ses épaules, son visage est paisible. La façon qu'elle a de se laisser aller, presque comme une petite fille, sans tabous, le remue. Son corps est tout entier offert, sensuel. 
Il s'approche, s'assoit tout doucement sur le bord du lit. Il suit de sa main la courbe de ses mollets, de ses cuisses, de ses fesses. Sans la toucher, à quelques centimètres de sa peau appétissante, sucrée. Il remonte le long de son dos, pensant aux frissons de plaisir qui s'y promènent lorsqu'il la touche. Sa tête est tournée sur le côté, vers lui. Il dessine son profil, ses lèvres. En silence. 

(...)

Montréal,
Le 9 septembre 2005

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