Fait partie du recueil « Histoires chaudes pour nuits froides », éditions Quebecor 2009 (cliquez pour achat)
Revue L'ENCRIER RENVERSÉ (hiver 2005) - texte finaliste adu concours 2004 de la Ville de Castres et de la revue

NB : Le fond d'écran est la reproduction d'un dessin de Chantal Turconi

 

Des effluves d’épices se répandent dans l’air, embaumant l’atmosphère. La cannelle chaude et sensuelle se mêle au gingembre odorant et à la cardamome orientale. Elle tient son bol de chocolat chaud « fait maison » serré dans ses mains, le nez au-dessus des volutes qui s’en dégagent. Un sourire rêveur sur le visage, qui se rend jusque dans ses yeux pailletés d’or perdus dans un autre monde. Un monde de délices et de plaisirs, qui réchauffe son corps et son cœur. Dehors, la neige a déposé un épais tapis blanc qui scintille au soleil du matin. De petits éclats de diamants posés sur leur écrin immaculé. Il fait froid. Le gel de la nuit a laissé des étoiles sur les vitres un peu embuées.
Elle pense à son homme. Ou plutôt à celui qui va devenir son homme. Ce soir. Car elle l’attend pour ce soir, cet ami un peu plus qu’ami, ce grand brun au charme brut qui la chavire. Un visage rude, taillé dans le bois à coups de serpe, des yeux couleur d’orage qui plongent au plus profond de son âme, de grandes mains un peu calleuses de travailleur manuel… un frisson délicieux parcourt sa colonne vertébrale, y traçant un sillon de feu, la faisant trembler des pieds à la tête. 

[...]

Elle finit son bol, le rinça, le posa dans l’égouttoir. Puis elle se dirigea vers sa salle de bains et se plongea avec ravissement dans un bain chaud rempli de mousse parfumée… Il n’y avait pas de meilleure façon de commencer une journée pleine de promesses, songea-t-elle. Elle entra lentement dans l’eau, sa peau soyeuse frissonnant de plaisir. Elle se mit à jouer avec la mousse, à la souffler dans les airs, l’écraser sur ses joues, sa poitrine. Ses tétons mauves se durcissaient au contact de ses doigts pourtant légers… Elle se sentait bien, agréablement protégée des frimas du dehors. Le soleil éclatant entrait à flots dans la pièce, les rayons semblaient vouloir jouer avec elle et se mettre au diapason de son désir. Ils illuminaient sa peau ambrée, créaient des arcs-en-ciel multicolores dans les bulles diaphanes qu’elle envoyait valser devant ses yeux de petite fille émerveillée… Elle perdit la notion du temps.

Une éternité plus tard, l’eau refroidie la poussa hors du bain, hors de ses jeux interdits de caresses légères. Elle s’enduisit le corps d’huile parfumée, de cette même senteur indéfinissable mais très sensuelle qui flottait dans la maison. 

[...]

Une valse lente et sensuelle de séduction, petites touches délicates de romantisme et d’humour, commença à se jouer. Elle, charmeuse et naturelle, lui, un peu gauche et tendre. Apéritif simple devant le foyer : amaretto et jus d’ananas, scotch sec. Liquides ambrés qui reflétaient la lumière des flammes, contribuant à l’ambiance feutrée et intimiste de la pièce. De l’encens brûlait sur la vieille commode de bois verni, les volutes de fumée dansaient dans l’air. Des étoiles brillaient dans leurs yeux. Ils se parlaient, s’effleuraient, se caressaient des yeux, se souriaient. Le moment tant attendu de passer à table arriva très vite. Ils s’installèrent, l’un en face de l’autre. Et un autre jeu de séduction, non moins essentiel, se mit en route, au rythme des plats enchanteurs qu’elle avait préparés.

Les odeurs entamèrent le ballet, titillant les sens, ouvrant grand l’appétit. Puis les saveurs, douces, sucrées, fortes, inconnues, délicates, fondantes, entrèrent dans la danse. Foie gras et toasts de pain frais, viande en sauce, au miel et aux pacanes, épices et condiments divers, petits légumes, puis assortiment de fromages de toutes sortes, pain de campagne croustillant et moelleux… 

[...]

Montréal,
Le 17 janvier 2004

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